Encéphalite à tiques : treize cas en Haute-Savoie depuis janvier, et deux façons d'attraper le virus
L'ARS a rappelé le 3 septembre que la Haute-Savoie est le département français le plus touché. Un message d'alerte circule en plus sur un groupe de cas au Reposoir. Ce que les sources officielles établissent, ce qu'elles ne disent pas, et les gestes qui changent vraiment quelque chose.
Le repère
- Cas en Haute-Savoie 13 depuis janvier 2026
- En 2025 19 cas, premier département de France
- Deux voies morsure de tique ou lait cru
- Délai après la morsure quelques minutes à quelques heures
- Traitement aucun, uniquement les symptômes
- Vaccin 3 doses, environ 55 euros la dose, non remboursé
L'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes a publié le 3 septembre un rappel de vigilance sur les tiques. Le chiffre qui le motive est de chez nous : treize cas d'encéphalite à tiques signalés en Haute-Savoie depuis le début de l'année, après dix-neuf en 2025, année où le département a compté le plus grand nombre de cas de France.
Un message d'alerte circule par ailleurs depuis quelques jours, relayé de mairie en mairie, qui fait état de huit cas récents recensés sur la commune du Reposoir, au fond de la vallée du Foron, au dessus de Scionzier. Nous n'avons trouvé aucune publication de l'ARS qui donne un décompte commune par commune, et nous ne reprenons donc pas ce chiffre à notre compte. Ce qui est établi et vérifiable, c'est le reste : la Haute-Savoie est un foyer historique de cette maladie, et la saison des tiques ne s'arrête pas à la rentrée.
Deux façons d'attraper le même virus
C'est le point que la plupart des relais oublient, et c'est pourtant celui qui change la lecture de l'alerte. Le virus de l'encéphalite à tiques se transmet par la morsure d'une tique infectée, mais aussi par la consommation de lait cru ou de produits au lait cru issus d'un animal infecté.
Le mécanisme est décrit par l'Anses. Un ruminant piqué par une tique infectée ne tombe presque jamais malade : il reste asymptomatique, mais il excrète le virus dans son lait pendant trois à vingt jours. La pasteurisation détruit le virus, un produit au lait cru fabriqué pendant cette fenêtre peut le porter. Un troupeau peut donc être un relais silencieux pendant deux ou trois semaines, sans qu'aucun signe visible n'alerte l'éleveur.
Par morsure, l'Anses précise aussi que la transmission est rapide, de quelques minutes à quelques heures. C'est une différence de fond avec la maladie de Lyme, où retirer la tique dans les douze à vingt quatre heures empêche généralement la transmission de la bactérie. Contre l'encéphalite, la vitesse de retrait n'offre pas la même protection.
Cette double voie explique pourquoi un groupe de cas sur une seule commune ne se lit pas comme une série de morsures dispersées. Le précédent est connu : au printemps 2020, dans le bassin d'Oyonnax dans l'Ain, quarante quatre cas ont été identifiés, tous liés au fromage de chèvre et à la faisselle au lait cru d'un même producteur. C'était le premier foyer français d'encéphalite à tiques lié à un produit laitier. Nous ne savons pas laquelle des deux voies est en cause au Reposoir, et à ce jour personne ne l'a publié.
Ce que fait la maladie, et ce qu'elle ne fait pas
Dans la majorité des cas, rien. Les manifestations cliniques ne surviennent que dans vingt à quarante pour cent des infections. Quand elles surviennent, elles commencent par un syndrome grippal banal, fièvre, fatigue, maux de tête, courbatures, parfois des troubles digestifs, pendant un à dix jours. C'est ce premier épisode qui passe pour une grippe de fin d'été et qui n'amène personne chez le médecin.
Puis, dans environ un tiers des formes cliniques, une seconde phase apparaît, avec des signes neurologiques de type méningite ou méningo-encéphalite, et une hospitalisation. Santé publique France retient jusqu'à quarante pour cent de séquelles, paralysies, troubles du comportement ou de la mémoire, pouvant persister plusieurs années. Les décès restent rares avec le sous type européen du virus, moins de un pour cent.
Il n'existe aucun traitement antiviral. On traite les symptômes, pas la cause. C'est ce qui donne tout son poids à la prévention.
Lyme et encéphalite, deux risques qui ne se gèrent pas de la même façon
La même tique peut transmettre les deux. Mais tout le reste diffère, et confondre les deux conduit à de mauvais réflexes.
| Maladie de Lyme | Encéphalite à tiques | |
|---|---|---|
| Agent | Bactérie Borrelia | Virus, un flavivirus |
| Fréquence | Une tique sur cinq est porteuse en France | Rare, 10 à 40 cas par an en France |
| Délai de transmission | Retirer la tique dans les 12 à 24 h empêche la contamination | Quelques minutes à quelques heures |
| Autre voie | Aucune | Lait cru et produits au lait cru |
| Premier signe | Plaque rouge qui s'étend, 3 à 30 jours après | Syndrome grippal, puis signes neurologiques |
| Traitement | Antibiotiques | Aucun, symptomatique |
| Vaccin | Aucun | Oui, 3 doses |
Autrement dit, la maladie contre laquelle on peut se faire vacciner est celle qu'on ne sait pas soigner, et celle qu'on sait soigner est celle contre laquelle aucun vaccin n'existe. Les deux justifient exactement les mêmes gestes sur le terrain.
Les gestes, dans l'ordre
Avant de partir : des vêtements longs et clairs, les tiques sombres s'y repèrent, des chaussures fermées, le bas de pantalon dans les chaussettes, et un répulsif cutané adapté.
Pendant la sortie : rester sur les chemins balisés, éviter les herbes hautes, les fougères et les buissons, et jeter un oeil régulièrement sur les vêtements. Les tiques ne tombent pas des arbres, elles attendent accrochées à la végétation basse et se fixent au passage.
Au retour : inspecter l'ensemble du corps, en insistant sur les plis, le cuir chevelu, derrière les oreilles, les aisselles et l'aine. L'ARS demande de refaire cette inspection les jours suivants : une tique de petite taille passe inaperçue le premier soir.
En cas de morsure : retirer la tique le plus vite possible avec un tire-tique, par un mouvement de traction rotation perpendiculaire à la peau, comme un dévissage. Ne rien appliquer avant, ni éther, ni alcool, ni aucun autre produit : l'Assurance Maladie explique que cela peut faire régurgiter la tique et libérer la bactérie dans la plaie. Désinfecter ensuite, puis surveiller la zone pendant un mois. Une plaque rouge qui ne démange pas, plus rouge sur les bords qu'au centre, et qui s'élargit autour du point de morsure, impose une consultation. De la fièvre, des maux de tête ou un état grippal dans les semaines qui suivent aussi.
Notre conseil
Le tire-tique se range dans le sac à dos, pas dans le tiroir de la salle de bains. Il coûte quelques euros en pharmacie, et le moment où on en a besoin est presque toujours un moment où on est loin de chez soi, à l'alpage ou au bord du chemin. Prenez le modèle à deux tailles de crochet : une grosse femelle gorgée et une toute petite tique ne se retirent pas avec le même.
Le vaccin existe, il ne dispense de rien
Un vaccin contre l'encéphalite à tiques est disponible. Le schéma complet compte trois doses, deux à un mois d'intervalle puis une troisième à douze mois, avec un premier rappel à trois ans puis un rappel tous les cinq ans. L'Anses situe la protection entre quatre vingt seize et quatre vingt dix neuf pour cent.
Deux réserves, et elles comptent. La première est financière : la dose coûte environ cinquante cinq euros et n'est pas remboursée, soit près de cent soixante cinq euros pour le schéma initial. La seconde est logique : ce vaccin ne protège que de l'encéphalite. La tique transmet d'autres agents, à commencer par la bactérie de la maladie de Lyme, pour lesquels il n'existe aucun vaccin. Se faire vacciner ne remplace pas le pantalon long et l'inspection du soir, cela s'y ajoute.
C'est une décision à prendre avec son médecin, en fonction de son exposition réelle. Un randonneur qui sort toutes les semaines, un agriculteur, un forestier et un promeneur du dimanche ne sont pas dans la même situation.
Ce que nous ne publions pas
Nous ne nommons aucun producteur et nous ne relayons aucun rappel de produit : rien de tel n'a été publié pour notre vallée, et le message qui circule ne met en cause aucune exploitation. Nous ne conseillons pas non plus de renoncer aux fromages au lait cru de la vallée : les messages de l'ARS citent cette voie de contamination, ils n'en font pas une consigne d'évitement. Pour un avis médical, et pour la question du vaccin, la seule bonne adresse reste votre médecin traitant. Nos pages santé et urgences donnent les coordonnées des professionnels et des services de garde des huit communes.
Les tiques concernent toute la vallée, de Mieussy et Châtillon-sur-Cluses à Taninges, La Rivière-Enverse, Verchaix, Morillon, Samoëns et Sixt-Fer-à-Cheval. Elles ne vivent pas qu'en forêt : la lisière, le talus au bord du sentier et l'herbe haute d'un pré de fauche leur conviennent très bien, et les alpages en font partie.
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- ARS Auvergne-Rhône-Alpes, encéphalite à tiques : recommandations aux professionnels de santé
- Anses, fiche maladies animales, encéphalite à tiques (TBEV), novembre 2023
- Santé publique France, encéphalite à tiques, la maladie
- Santé publique France, foyer de cas d'encéphalite à tiques liés à la consommation de fromage de chèvre au lait cru dans l'Ain, point au 19 juin 2020
- Assurance Maladie, morsure de tique et prévention de la maladie de Lyme : que faire ?
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